Faubourg Franciade

Publié le par Alpasyr Meringensis

rue-du-Fbg-St-Denis--panneau-.JPGJ'aime les faubourgs. D'ailleurs, j'habite dans l'arrondissement dit "des quatre faubourgs", Poissonnière, Saint-Denis, Saint-Martin et du Temple. Les faubourgs sont les petites agglomérations qui ont poussé au-delà des remparts d'une ville, dans le prolongement des anciennes portes. Puis la ville a grandi, les murs sont tombés, les portes sont devenues décoratives et symboliques, quoi qu'elles continuent encore souvent de marquer une ségrégation sociale, comme les boulevards qui ont pris la place des fortifications. Dans mon village d'origine, il y a aussi un faubourg, mais c'est une autre histoire, un faubourg routier. 

J'aime le faubourg Saint-Denis. J'aime passer sous sa majestueuse porte érigée par le génial Blondel, j'aime le traverser, suivre sa longue ligne légèrement sinueuse de faubourg. Voir ses immeubles pré-haussmanniens, ses boutiques pourries, sa population variée. Et puis surtout, il me permet d'arriver directement tout près de chez moi. Même la coupure béante provoquée par le percement diagonal du boulevard de Magenta (on dit bien boulevard DE Magenta, et pas Magenta tout court vu que c'est une ville) n'arrive pas à entraver sa course.

Pendant la Révolution, au moment du débaptême de nombreuses villes et autres lieux pour leur donner un nom que toute personne versée dans la toponymie trouvera amusant mais hérétique, il est devenu le faubourg Franciade. La ville de Saint-Denis étant alors Fanciade, logiquement, il y eu la rue Franciade, la porte Franciade, le boulevard Franciade et le faubourg Franciade. C'est curieux, les révolutionnaires ont voulu nier l'importance de Saint-Denis et de sa basilique comme lieu de sépulture des rois de France, effacer ce fait de la mémoire nationale, gommer ce lieu du pouvoir royal en profanant les tombeaux et en transportant les gisants, et pourtant ils ont donné à cette ville un nom inspiré par celui du pays lui-même. La table rase. On érige un lieu en symbole national mais on le prive de son histoire (je ne comprendrai jamais les révolutionnaires). 

Le faubourg Saint-Denis c'est sa rue principale, ses passages couverts et découverts, ses "cités" (entendez des impasses loties), ses recoins et ses curiosités. C'est donc mon ambiance. Mais pour vivre, je préfère quand même le confort gentiment aseptisé de mon immeuble second-Empire. Faut pas déconner non plus.




Illustration : panneau "à cause des poules, défense d'entrer aux voitures de charge", dans le passage cocher d'un immeuble du faubourg Saint-Denis ; photographie prise pour vous par votre chancelier.

Publié dans Coups de coeur

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