Vexillolangages croisés, entre France et Bohême

Publié le par Alpasyr Meringensis

 

Léon COGNIET, peintre (1794-1880), réalise après 1830 un petit tableau, Les Drapeaux (voir illustration ci-contre, musée des Beaux-Arts d'Orléans), inspiré par les journées révolutionnaires françaises de juillet 1830. Il y propose une allégorie de la naissance de l'emblème national : le drapeau royaliste (à gauche) est déchiré par un boulet de canon, le bleu du ciel se détache du blanc par le trou béant (au centre). Le drapeau se teinte ensuite du sang des combattants (à droite).

Max BROD écrit en 1960 un ouvrage autobiographique, Streitbares Leben. Un passage relate des événements qui se produisent pendant la Première Guerre mondiale à Prague, en Bohême (partie de l'actuelle Tchéquie), alors sous la domination de l'empire d'Autriche-Hongrie.

« Quand une victoire était officiellement annoncée, les propriétaires [tchèques] avaient le devoir de pavoiser leur maison avec le drapeau autrichien jaune et noir [des Habsbourg-Lorraine]. Certains lui ajoutaient le drapeau blanc et rouge de la Bohême. En revanche, il était interdit de montrer le drapeau des panslavistes tchèques dont le blanc-rouge-bleu rappelait qui plus est les couleurs françaises.

Si les Allemands de Prague obéissaient avec enthousiasme, les Tchèques étaient des plus réticents. Toute désobéissance, pourtant, était passible d’une peine grave. Comment distinguer un drapeau accroché avec joie d’un autre qui l’est à contrecœur ? En général, rien ne le permet. Mais qu’une belle averse vienne à la rescousse et la différence saute alors aux yeux. Les Allemands se précipitaient et rangeaient amoureusement leurs drapeaux tandis que les Tchèques les laissaient dehors jour après jour, indéfiniment ou presque. Alors, très vite, aux fenêtres de la plupart des maisons de Prague, ce n’étaient plus que tristes fantômes détrempés. Les drapeaux devenaient crasseux, honteux. Les Tchèques n’ôtaient jamais ces ornements en décomposition qui, désormais, étaient incapables de flotter au vent et pendaient au contraire comme du plomb. Prague toute entière était couverte de ces linceuls ruisselants. Un sentiment d’irrémédiable abandon flottait ainsi, glacé, sur la ville qui se défendait de la sorte, en silence ». 

Publié dans Pensées du chancelier

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marie, grande inquisitrice de la lutte contre le connerie 06/02/2009 21:24

Tiens, tu lis maintenant ? ou déjà ? (désolée, je lis ton blog à l'envers)

Antoine 24/08/2008 17:43

Bien sûr qu'elle nous plait grand Chancelier adoré de tous...

Alexandre 23/08/2008 15:09

Clem : Oui, j'ai changé un peu la présentation, j'espère qu'elle convient à tous les citoyens.

Alexandre 23/08/2008 15:08

Oui, ça n'est pas la vraie explication du drapeau français, mais c'est vrai que symboliquement elle n'est pas mal.

Nanou 22/08/2008 18:58

Et j'adore ce tableau! En plus l'explication est très intéressante. Culture, culture!